Le livre de Tobie est considéré comme deutérocanonique par l'Église catholique et les Églises orthodoxes. Il n'est pas inclus dans le canon protestant. La version utilisée ici est celle de La Bible de Jérusalem, une traduction catholique dont les éditions anciennes sont dans le domaine public.
Tobie
Chapitre 2
Lorsque je fus de retour dans ma maison, on me rendit ma femme Anne avec mon fils Tobie. Le jour de la Pentecôte, qui est la fête des Semaines, on me prépara un bon repas et je me mis à table.
Voyant l'abondance des mets, je dis à mon fils : Va, et amène un pauvre quelconque de nos frères qui se souvienne du Seigneur, et je l'attendrai ici.
Il revint et me dit : Père, un des nôtres a été étranglé et jeté sur la place, et il y est couché. Aussitôt, sans avoir rien mangé, je sautai de table, j'enlevai le mort de la place et je le déposai dans une chambre, jusqu'au coucher du soleil, pour l'enterrer.
Je revins, me lavai, mangeai mon pain dans la tristesse,
et je me souvins de cette prophétie d'Amos, qui dit contre Béthel : Vos fêtes seront changées en deuil, et vos cantiques en lamentations. Et je pleurai.
Quand le soleil fut couché, j'allai creuser une tombe et je l'enterrai.
Mes voisins se moquaient de moi, disant : Il n'a plus peur ; on a déjà cherché à le faire mourir pour ce fait, et il s'est enfui, et voilà qu'il enterre encore des morts.
Cette même nuit, après avoir enterré le mort, je me lavai, j'entrai dans ma cour, et je me couchai contre le mur de la cour, le visage découvert à cause de la chaleur.
Je ne savais pas qu'il y avait des moineaux dans le mur au-dessus de ma tête. La chaleur de leurs excréments tomba dans mes yeux et il me vint des nuages blancs. J'allai aux médecins pour me faire guérir, mais plus ils m'oignaient avec des médicaments, plus mes yeux se couvraient de nuages, jusqu'à ce que je devinsse tout à fait aveugle. Je restai quatre ans aveugle ; tous mes frères s'affligeaient sur moi, et Achikar me soutint deux ans avant d'aller en Élymaïde.
En ce temps-là, ma femme Anne travaillait pour gagner sa vie en faisant des tissus.
Elle les envoyait aux patrons, et ils lui payaient son salaire. Un jour du septième mois, après avoir fini son ouvrage, elle coupa une pièce et l'envoya aux patrons, qui lui payèrent tout son salaire et lui donnèrent en plus un chevreau.
Quand le chevreau entra dans ma maison, il se mit à bêler. J'appelai ma femme et lui dis : D'où vient ce chevreau ? N'est-ce pas du vol ? Rends-le à ses maîtres, car il n'est pas permis de manger quoi que ce soit de volé.
Elle me répondit : On me l'a donné en sus de mon salaire. Je ne la crus pas, et je lui dis de le rendre à ses maîtres. Elle rougit à cause de moi, et dit : Voilà donc tes aumônes, voilà tes œuvres justes, tout le monde les connaît.