Le livre de l'Ecclésiaste (Qohélet) fait partie des écrits sapientiaux de l'Ancien Testament. Sa canonicité est acceptée par toutes les traditions chrétiennes et juives, bien que dans le judaïsme son inclusion ait été discutée en raison de son ton sceptique. La Bible de Jérusalem est une traduction catholique réalisée directement à partir des textes originaux hébreux, araméens et grecs, publiée initialement en français sous la direction de l'École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem (1948-1955).
Ecclésiaste
Chapitre 2
J'ai dit en mon cœur: «Allons! Je t'éprouverai par la joie, jouis du bonheur.» Et voici, cela aussi est vanité.
Du rire j'ai dit: «Insensé!» et de la joie: «A quoi sert-elle?»
Je résolus en mon cœur de livrer ma chair au vin, tandis que mon cœur me conduirait avec sagesse, et de m'attacher à la folie, jusqu'à voir ce qui est bon pour les hommes, ce qu'ils doivent faire sous les cieux durant le nombre de jours de leur vie.
Je fis de grandes choses: je me bâtis des maisons, je me plantai des vignes,
je me fis des jardins et des vergers, j'y plantai des arbres fruitiers de toute espèce,
je me fis des réservoirs d'eau pour arroser la forêt où poussaient les arbres.
J'achetai des serviteurs et des servantes, j'eus des enfants nés dans la maison; j'eus aussi des troupeaux de gros et de petit bétail en abondance, plus qu'aucun de ceux qui furent avant moi à Jérusalem.
J'amassai de l'argent et de l'or, les trésors des rois et des provinces; je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et ce qui fait les délices des fils d'Adam, des femmes en grand nombre.
Je devins grand, plus grand qu'aucun de ceux qui furent avant moi à Jérusalem, et cependant ma sagesse demeura avec moi.
Tout ce que mes yeux désirèrent, je ne leur en refusai point, je ne privai mon cœur d'aucune joie, car mon cœur se réjouissait de tout mon travail, et ce fut là ma part de toute ma peine.
Puis, je me tournai vers toutes les œuvres qu'avaient faites mes mains et vers la peine que j'avais prise à les exécuter, et voici: tout est vanité et poursuite de vent, il n'y a aucun avantage sous le soleil.
Alors je me tournai pour considérer la sagesse, la folie et la sottise. Que fera l'homme qui succédera au roi? Ce qu'on a déjà fait.
Et je vis que la sagesse a de l'avantage sur la folie, comme la lumière a de l'avantage sur les ténèbres:
le sage a ses yeux à la tête, et l'insensé marche dans les ténèbres. Mais je reconnus aussi qu'un même sort les atteint tous.
Et j'ai dit en mon cœur: «Il m'arrivera le sort de l'insensé, pourquoi donc ai-je été plus sage?» Et j'ai dit en mon cœur que cela aussi est vanité.
Car le sage n'est pas plus en mémoire que l'insensé, pour toujours; déjà les jours qui viennent, tout est oublié. Hélas! le sage meurt comme l'insensé!
J'ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m'a déplu, car tout est vanité et poursuite de vent.
J'ai haï tout le travail que j'ai fait sous le soleil, et que je laisse à mon successeur.
Qui sait s'il sera sage ou insensé? Cependant il sera maître de tout le travail que j'aurai fait avec sagesse sous le soleil. Cela aussi est vanité.
J'en suis venu à désespérer dans mon cœur de tout le travail que j'ai fait sous le soleil.
Tel a travaillé avec sagesse, science et succès, et il laisse le produit de son travail à un autre qui n'y a pas mis de peine. Cela aussi est vanité et grand mal.
Que revient-il en effet à l'homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, de ses peines dont il se fatigue sous le soleil?
Tous ses jours ne sont que douleurs, sa tâche n'est que chagrin; même la nuit son cœur ne repose point. Cela encore est vanité.
Rien n'est meilleur pour l'homme que de manger, boire et se donner du bonheur au milieu de son travail. J'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu.
Qui, en effet, peut manger et jouir si ce n'est moi?
Car à l'homme qui lui est agréable, il donne sagesse, science et joie; mais au pécheur, il donne la peine de recueillir et d'amasser pour donner à celui qui est agréable à Dieu. Cela encore est vanité et poursuite de vent.