Le livre de l'Ecclésiaste (Qohélet) fait partie des écrits sapientiaux de l'Ancien Testament. Sa canonicité est acceptée par toutes les traditions chrétiennes et juives, bien que dans le judaïsme son inclusion ait été discutée en raison de son ton sceptique. La Bible de Jérusalem est une traduction catholique réalisée directement à partir des textes originaux hébreux, araméens et grecs, publiée initialement en français sous la direction de l'École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem (1948-1955).
Ecclésiaste
Chapitre 6
Il est un mal que j'ai vu sous le soleil, et qui pèse lourdement sur l'homme.
Tel homme a reçu de Dieu richesses, biens et gloire, et rien ne manque à son âme de tout ce qu'il désire; mais Dieu ne lui donne pas le pouvoir d'en jouir, car un étranger en jouira. Cela est vanité et mal grave.
Quand un homme aurait cent enfants, vivrait de nombreuses années, si grands que soient les jours de ses années, si son âme ne se rassasie pas de bonheur, et même s'il n'a pas de sépulture, je dis: l'avorton est plus heureux que lui.
Car celui-ci est venu en pure perte et s'en va dans les ténèbres, et son nom demeure dans les ténèbres.
Il n'a même pas vu le soleil, il ne l'a pas connu; il a plus de repos que l'autre.
Quand celui-ci vivrait deux fois mille ans, sans goûter de bonheur, tous ne vont-ils pas au même lieu?
Tout le travail de l'homme est pour sa bouche, et pourtant son appétit n'est jamais satisfait.
Quel avantage le sage a-t-il sur l'insensé? Quel avantage a le pauvre qui sait vivre en face des vivants?
Mieux vaut la vue des yeux que l'errance du désir. Cela aussi est vanité et poursuite de vent.
Ce qui arrive a déjà été appelé par son nom; on sait quel est l'homme, qu'il ne peut contester avec le plus fort que lui.
Bien des paroles multiplient la vanité: quel avantage en retire-t-on?
Car qui sait ce qui est bon pour l'homme dans la vie, durant le nombre de jours de sa vaine existence qu'il passe comme une ombre? Qui peut dire à l'homme ce qui sera après lui sous le soleil?