L'Évangile selon Marc est reconnu comme canonique par toutes les traditions chrétiennes majeures. Il est généralement considéré par les chercheurs comme le plus ancien des évangiles synoptiques, datant d'environ 65-70 après J.-C., probablement rédigé à Rome. La tradition l'attribue à Jean-Marc, compagnon de Pierre et de Paul, qui aurait consigné les enseignements de l'apôtre Pierre.
Marc
Chapitre 6 — Rejet à Nazareth
Jésus partit de là, et se rendit dans sa patrie, accompagné de ses disciples.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Beaucoup de gens l'entendant étaient étonnés et disaient: D'où lui viennent ces choses? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée? Et comment de tels miracles se font-ils par ses mains?
N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? Et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous? Et il était pour eux une occasion de chute.
Mais Jésus leur dit: Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison.
Il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit.
Et il s'étonna de leur incrédulité. Jésus parcourait les villages d'alentour, en enseignant.
Puis il appela les douze, et il se mit à les envoyer deux à deux, leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.
Il leur commanda de ne rien prendre pour le chemin, si ce n'est un bâton; ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture;
de chausser des sandales, et de ne pas porter deux tuniques.
Il leur dit: Partout où vous entrerez dans une maison, restez-y jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu.
Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on ne vous écoutera pas, sortez de là, et secouez la poussière sous vos pieds, pour servir de témoignage contre eux. (Je vous dis en vérité, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville-là.)
Ils partirent, et ils prêchèrent la repentance.
Ils chassaient beaucoup de démons, et ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient.
Le roi Hérode entendit parler de Jésus, dont le nom devenait célèbre, et il dit: Jean-Baptiste est ressuscité; c'est pour cela qu'il se fait par lui des miracles.
D'autres disaient: C'est Élie. Et d'autres disaient: C'est un prophète comme l'un des prophètes.
Mais Hérode, en ayant entendu parler, disait: Ce Jean que j'ai fait décapiter, c'est lui qui est ressuscité.
Car Hérode lui-même avait fait arrêter Jean, l'avait fait lier et mettre en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce qu'il l'avait épousée.
En effet, Jean disait à Hérode: Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère.
Hérodias était irritée contre Jean, et elle voulait le faire mourir. Mais elle ne le pouvait,
car Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint; il le protégeait, et, après l'avoir entendu, il était très perplexe; cependant il l'écoutait avec plaisir.
Un jour favorable arriva, lorsque Hérode, à l'anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée.
La fille d'Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai.
Il ajouta avec serment: Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, dussé-je te donner la moitié de mon royaume.
Elle sortit, et dit à sa mère: Que demanderai-je? La tête de Jean-Baptiste, répondit sa mère.
Elle s'empressa aussitôt de rentrer vers le roi, et lui fit cette demande: Je veux que tu me donnes à l'instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste.
Le roi fut profondément attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus.
Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d'apporter la tête de Jean-Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison,
et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
Les disciples de Jean, ayant appris cela, vinrent prendre son corps, et le déposèrent dans un sépulcre.
Les apôtres se rassemblèrent auprès de Jésus, et lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné.
Il leur dit: Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. Car il y avait beaucoup d'allants et de venants, et ils n'avaient même pas le temps de manger.
Ils partirent donc seuls dans une barque, pour aller dans un lieu désert.
Beaucoup de gens les virent s'en aller et les reconnurent, et de toutes les villes on accourut à pied et on les y devança.
Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
Comme l'heure était déjà avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent: Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée;
renvoie-les, afin qu'ils aillent dans les campagnes et dans les villages des environs, pour s'acheter de quoi manger.
Jésus leur répondit: Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent: Irions-nous acheter des pains pour deux cents deniers, et leur donnerions-nous à manger?
Il leur dit: Combien avez-vous de pains? Allez voir. Ils s'en assurèrent, et répondirent: Cinq, et deux poissons.
Alors il leur commanda de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte.
Ils s'assirent par rangées de cent et de cinquante.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, rendit grâces, puis il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous.
Tous mangèrent et furent rassasiés;
et l'on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons.
Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.
Aussitôt après, il obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renverrait la foule.
Quand il l'eut renvoyée, il s'en alla sur la montagne pour prier.
Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre.
Il vit qu'ils avaient beaucoup de peine à ramer; car le vent leur était contraire. Vers la quatrième veille de la nuit, il alla vers eux, marchant sur la mer, et il voulait les dépasser.
Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme, et ils poussèrent des cris;
car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit: Rassurez-vous, c'est moi, n'ayez pas peur!
Puis il monta vers eux dans la barque, et le vent cessa. Ils furent en eux-mêmes tout stupéfaits et remplis d'étonnement;
car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur coeur était endurci.
Après avoir traversé la mer, ils abordèrent à Génésareth, et ils y atterrirent.
Quand ils furent sortis de la barque, les gens, ayant reconnu Jésus,
parcoururent tout le pays d'alentour, et ils se mirent à apporter les malades sur leurs lits partout où ils apprenaient qu'il était.
En quelque lieu qu'il arrivât, dans les villages, dans les villes ou dans les campagnes, on mettait les malades sur les places publiques, et on le priait de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement; et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.