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Des chrétiens palestiniens quittent la Cisjordanie face à la violence et aux difficultés

Equipe Kanon Bible·09/08/2026·6 min de lecture
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Des chrétiens palestiniens quittent la Cisjordanie face à la violence et aux difficultés

Les attaques, les postes de contrôle, la crise économique et l’insécurité menacent la survie de communautés chrétiennes historiques en Terre sainte.

La présence chrétienne en Cisjordanie fait face à une nouvelle vague d’insécurité. Depuis le début de la guerre à Gaza, en octobre 2023, les habitants signalent une augmentation de la violence, des restrictions de circulation, des attaques de colons et une détérioration des conditions économiques.

Ces circonstances poussent des familles chrétiennes à quitter des villes et des villages où elles vivent depuis des générations. À Taybeh, considérée comme la dernière localité entièrement chrétienne de Cisjordanie, des responsables religieux avertissent que l’avenir de la communauté est menacé par les attaques, le déclin démographique et le manque de perspectives.

Une communauté de plus en plus réduite

La population chrétienne palestinienne ne représente aujourd’hui qu’une faible part des habitants de Cisjordanie. Les estimations citées par des responsables communautaires et des chercheurs indiquent qu’entre 40 000 et 45 000 chrétiens vivent encore dans la région, soit un peu plus de 1% de la population. En 1967, ils représentaient environ 6%.

Dans la bande de Gaza, la situation est encore plus grave. Environ 600 chrétiens seulement vivent encore dans ce territoire dévasté par la guerre, selon les chiffres présentés dans le rapport à l’origine de cet article.

Le pasteur et théologien palestinien Mitri Raheb a déclaré que plus de 200 familles chrétiennes avaient quitté la Cisjordanie depuis le début de la guerre. Il a également averti que, si les conditions actuelles se poursuivent, il pourrait ne rester aucun chrétien palestinien dans la région d’ici 2050.

Cette déclaration doit être comprise comme une mise en garde contre la vitesse de l’exode, et non comme une prévision statistique inévitable.

Quel christianisme est pratiqué en Palestine ?

Les chrétiens palestiniens n’appartiennent pas à une seule confession. Cette communauté comprend des chrétiens orthodoxes grecs, des catholiques — appartenant à l’Église latine ou à des Églises catholiques orientales —, des chrétiens orthodoxes syriaques et arméniens, des anglicans, des luthériens, des presbytériens et d’autres groupes protestants.

Malgré leurs différences liturgiques et historiques, ces Églises partagent les fondements essentiels de la foi chrétienne : la croyance en un seul Dieu, en la Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), en Jésus-Christ comme Seigneur et Messie, en sa mort et sa résurrection, ainsi que l’espérance de la vie éternelle.

La vie chrétienne palestinienne est marquée par la prière communautaire, le baptême, la célébration de l’Eucharistie ou de la Sainte-Cène, ainsi que par les fêtes du calendrier chrétien. Bethléem, Jérusalem, Nazareth et d’autres villes de la région occupent une place centrale dans la mémoire chrétienne en raison de leur lien avec les événements racontés dans les Évangiles.

Cette foi s’exprime également par le service à la société. Les Églises chrétiennes gèrent des écoles, des hôpitaux, des centres sociaux et des institutions d’aide qui accueillent aussi bien les chrétiens que les musulmans. Ces organisations jouent un rôle important dans l’éducation, les soins de santé et le soutien aux familles palestiniennes.

Pour cette raison, le départ des chrétiens palestiniens représente bien plus que le déclin d’un groupe religieux. Il menace la continuité de communautés qui préservent des églises, des traditions liturgiques, des écoles, des familles et des manières de vivre la foi chrétienne dans la terre même associée au récit biblique.

Violence et postes de contrôle

Les attaques de colons contre les Palestiniens sont devenues une préoccupation constante dans plusieurs régions de Cisjordanie. Des rapports humanitaires ont documenté des incidents dans des communautés proches de Ramallah, Naplouse et Jérusalem, notamment des attaques répétées contre certains villages.

Les postes de contrôle militaires rendent également les déplacements entre les villes et les villages plus difficiles. Taybeh se trouve à environ 12 kilomètres de Ramallah, mais le trajet peut durer près d’une heure en raison des barrages et des contrôles.

Pour les habitants, ces restrictions affectent l’accès au travail, à l’éducation, aux services médicaux et aux activités commerciales. Le tourisme, qui a longtemps contribué à soutenir plusieurs communautés chrétiennes, a également été fortement touché.

Le problème ne se limite pas à la durée du trajet. L’imprévisibilité des fermetures et le sentiment constant d’insécurité rendent plus difficile l’organisation de la vie quotidienne, le maintien des entreprises et la décision des jeunes de rester dans la région.

Le cas de Taybeh

Taybeh est une petite communauté chrétienne située en Cisjordanie. Elle possède des églises historiques et une population qui s’efforce de préserver son identité chrétienne dans un contexte d’instabilité croissante.

Selon le père Bashar Fawadleh, curé de la paroisse de l’Église latine, plus de 15 familles ont quitté Taybeh depuis 2023. La population, qui comptait environ 3 000 habitants dans les années 1980, est aujourd’hui estimée à près de 1 200 personnes.

Le prêtre identifie deux facteurs principaux à l’origine de l’exode : l’absence de sécurité due aux attaques et les difficultés économiques. Sans stabilité, de nombreux jeunes ne voient pas de possibilité réaliste de construire leur avenir dans leur ville natale.

Des représentants de l’Église ont décrit la situation de Taybeh comme une menace sans précédent pour les terres, la population et la présence chrétienne historique de la communauté.

Pourquoi tant de familles envisagent-elles d’émigrer ?

L’émigration n’est pas une option accessible de la même manière pour tout le monde. Les chrétiens palestiniens ont souvent des membres de leur famille aux États-Unis, au Canada, en Australie et dans plusieurs pays d’Amérique latine. Ces réseaux familiaux facilitent la recherche d’un logement, d’un emploi et d’un soutien à l’étranger.

Varsen Aghabekian Shahin, ministre palestinienne des Affaires étrangères et chrétienne arménienne, a déclaré que le déclin de la population chrétienne devrait constituer un sérieux avertissement pour le monde chrétien.

Khalil Shikaki, directeur du Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes, a indiqué qu’une enquête menée en 2020 avait montré que le désir d’émigrer était deux fois plus élevé chez les chrétiens que chez les musulmans de Cisjordanie. Depuis lors, les conditions de sécurité et la situation économique se sont encore détériorées.

Issa Qassis, un entrepreneur de 31 ans originaire de Ramallah, a déclaré qu’il envisageait de quitter la région pour s’installer aux États-Unis. Il a décrit la difficulté de progresser professionnellement dans un environnement où chaque réussite semble être suivie de nouveaux obstacles.

Un appel à l’Église

Les responsables chrétiens palestiniens ont appelé la communauté internationale à agir pour protéger les civils, garantir la liberté de circulation et créer les conditions permettant aux familles de rester dans leurs communautés.

La réponse de l’Église ne doit pas se limiter aux débats politiques. Elle doit également inclure la prière, la solidarité, une information responsable et le soutien aux institutions qui servent les communautés locales.

Les paroles de la Lettre aux Hébreux restent pertinentes :

  • « Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez vous-mêmes prisonniers avec eux, et de ceux qui sont maltraités, comme si vous étiez vous-mêmes dans leur corps. »
  • Hébreux 13:3

La crise que traversent les chrétiens palestiniens exige que le monde chrétien considère la Terre sainte non seulement comme un lieu de pèlerinage ou comme le cadre des récits bibliques. Elle est aussi la patrie de personnes réelles qui continuent de travailler, de prier, d’éduquer leurs enfants et de préserver leur foi au milieu de la violence et de l’incertitude.

Si ces communautés disparaissent, le monde ne perdra pas seulement une partie de sa population. Il perdra également une expression vivante, diverse et historique du christianisme au Moyen-Orient.

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